L’ocre de la terre craquelée, la poussière et l’ardeur du soleil, le désert, l’immensité. Au pied de la dune compact tel un morceau de glace, se tient une tente déployée. Sur la natte tressée, repose un bédouin enroulé dans son burnous de laine sombre. Rai de lumière qui seul dépasse de l’ample vêtement qui couvre jusqu’à la tête, une mèche de cheveux d’un blond cuivré trahit l’origine européenne du dormeur. Près de lui, glisse sans bruit un aspic couleur de terre ; lentement, il se rapproche de l’homme endormi, plus près encore, il semble sur le point de frapper.
Un, deux, trois, dix, cent serpents ondulent maintenant et envahissent le corps inerte de l’homme soudain réveillé.
Une peur visqueuse et tapie au creux de son sommeil se réveille aussi : c’est le moment tant redouté, pas d’échappatoire, aucun délai, aucune manœuvre possible pour reculer et s’enfuir.
L’homme sait ce qui l’attend mais la terreur le paralyse.
La tranchée de Verdun, le désert, le serpent, la Terreur est la même, ancestrale, tout à la fois familière et inconnue.
Au contact du reptile silencieux, le corps tétanisé semble se transformer sourdement, inéluctablement.
Le Temps vient.
Les écailles irisées de la bête rencontrent la peau du bédouin qui peu à peu se refroidit, se fait plus compact et se couvre à son tour de ces petites lamelles nacrées et tranchantes.
L’incroyable mue le transperce. A la peur ancestrale succède la douleur.
Des gerbes de feu liquide éclatent dans tout le mécanisme de son corps, le plient en deux, le font se tordre, comme le papier doré d’un bouchon de champagne entre les mains du buveur impatient.
Il roule hors de sa tente et pousse des hurlements déchirants dans le silence absolu de la dune qui ne lui renvoie pas même l’écho de ses cris de douleur.
Soudain, le froid de la nuit noire tombe sur le désert immobile.
Un reptile gigantesque, comme désorienté, avance lentement en direction des tentes de soldats installées sur la dune.
La proie et le prédateur se confondent, ne font plus qu’un. A la peur irrépressible, à la douleur sourde, succède la certitude de la découverte d’une nature première toujours enfouie, d’une essence secrète imposant la nécessité du chemin de croix.
vendredi 10 juillet 2009
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